Dans la suite
est une fonction C
d'une variété sans bord
de dimension
, à valeurs dans
, dont les points critiques ne sont pas dégénérés.
Soit
La rétraction se fait en suivant les lignes de gradient de
. On définit
la fonction
de la manière suivante:
(on suppose avoir choisi une
métrique riemannienne) dans un voisinage compact de
,
ailleurs.
Comme on peut le voir de la même manière qu'en 5.1.2, le champ de vecteurs
génère un groupe à un paramètre de difféomorphismes
.
On cherche à calculer la variation de
le long d'une courbe intégrale
pour
fixé, et on a choisi
de manière que cette variation soit
très simple:
On définit
de la manière suivante:
si
,
sinon.
est une rétraction
de
sur
.
D'après le lemme de Morse, dans un voisinage
de
on peut choisir
un système de coordonnées
tel que
s'exprime de la manière suivante
dans ce voisinage:
On définit les fonctions
et
de
dans
comme suit:
Soit
tel que
soit compact et ne contienne qu'un seul point critique,
et tel que le voisinage
contienne en coordonées locales la boule
de centre
et de rayon
.
On définit
de la manière suivante:
.
On a
, et on peut donc considérer que
est rattachée à
par l'inclusion.
On va montrer que
est un rétracte par déformation de
, ce qui montrera
que ces deux espaces ont même type d'homotopie.
On va modifier la fonction
au voisinage de
de manière à obtenir
une nouvelle fonction
à laquelle on pourra appliquer le théorème
4.4. Pour cela on a besoin d'une fonction auxiliaire
ayant les propriétés
suivantes:
coïncide avec
en dehors de
, et est donnée par la formule suivante
dans
:
Etant donné son mode de construction,
est
sur
.
On remarque que
c+
. On a
, d'où
. D'autre part, si
, alors
.
On remarque également que
et
ont mêmes points critiques: en exprimant
à l'aide de
et
, on a
On peut donc considérer
comme fonction de
, et on a pour la différentielle
Etant donné que
, et que
et
ne s'annulent simultanément qu'à
l'origine,
n'a pas de point critique dans
.
D'autre part,
, et le seul point critique de
que cet ensemble puisse
contenir est donc
. Or
Donc
ne contient aucun point critique de
, et
est donc un rétracte
par déformation de
.
On note
. Il reste à montrer que
est un rétracte par déformation
de
(la relation ``être un rétracte par déformation de'' étant transitive),
ce que l'on va faire de manière directe, en exhibant la famille d'applications
ad-hoc.
est l'identité en-dehors de
, et dans
on distingue trois cas
en fonction des valeurs de
et
:
est dans les trois cas l'identité, et
une rétraction dans
. La
définition fait que globalement on obtient bien une fonction
.
De ce théorème on tire un corollaire moins riche mais qui suffit à la formule de Gauss-Bonnet.
Démonstration (inspirée de C. GODBILLON, ÉLÉMENTS DE TOPOLOGIE ALGÉBRIQUE) :
l'idée est que l'on connaît ``à peu près'' les groupes d'homologie du complexe cellulaire étant donné sa construction très simple, et que ces à-peu-près disparaissent quand on effectue la somme alternée des dimensions.
On procède par récurrence. Soient donc deux réels
et
tels qu'il
n'y ait qu'une seule valeur critique de
entre
et
, et supposons
qu'on ait
où
est le nombre de points critiques de
d'indice
, à valeur associée
dans
. On va montrer que le résultat est aussi vrai pour
.
étant
continue et
compacte, et les points critiques étant isolés car non
dégénérés, il n'y en a qu'un nombre fini, et on peut donc énumérer
leurs valeurs associées dans l'ordre croissant. Par récurrence, la
démonstration sera donc achevée.
On suppose qu'un seul point critique est associé à la valeur critique
entre
et
, le cas où il y en a plusieurs se traîtant en itérant
la démonstration qui suit. D'après le théorème 4.6, on est passé de
à
en ajoutant une cellule de dimension
, que l'on supposera être
la boule unité
.
Traîtons tout-d'abord le cas
. C'est un cas très particulier puisqu'il
n'y a pas d'attachement à proprement parler, étant donné qu'une cellule
de dimension 0 (i.e. un point) n'a pas de bord. Le complexe cellulaire
est donc le complexe cellulaire
auquel on a ajouté un point. On
a de manière générale
pour
, étant donné que toute forme différentielle
de degré
, qu'elle soit exacte ou fermée, est nulle sur la cellule
attachée de dimension
. Seul
est donc affecté; plus précisément,
on a ajouté une composante connexe et on a donc
. La formule proposée
est donc valable pour
, étant donné que la somme augmente de 1 et
la caractéristique d'Euler aussi.
Dans le cas
, on considère le recouvrement ouvert suivant de
, où
est un réel fixé de
:
.
est le complexe
auquel on a ajouté une couronne de la nouvelle
boule.
est un rétracte par déformation de
, comme on peut le voir
en projetant progressivement la couronne sur la sphère. On a donc
pour tout
.
.
est une boule ouverte de
, dont les groupes de cohomologie sont
bien connus. Pour
,
.
Pour
, on écrit la suite exacte longue de Mayer-Vietoris:
Le cas
se traîte aussi à part. Supposons que le nombre de composantes
connexes de
soit égal à
(
). On n'a pas ajouté de composante connexe
en attachant une cellule de dimension 1, et le nombre de composantes
connexes de
vaut aussi
. Ecrivons la suite longue de Mayer-Vietoris:
En remplaçant les groupes connus par leur expression, on obtient:
En étudiant cette suite on trouve que
. Ceci prouve que la formule
est aussi valable pour
.
On continue la démonstration dans le cas
.
est une couronne de la boule ajoutée. Etant donné que la couronne
se rétracte sur la sphère, on connaît les groupes de cohomologie:
On en déduit pour
(avec la convention habituelle selon laquelle
si
) la suite exacte suivante:
D'où
. Le cas
se traîte avec la même suite, mais étant donné que
on doit
considérer une suite un peu plus longue. On arrive au même résultat
.
Pour
, étant donné que l'on n'a pas ajouté de composante connexe en attachant la cellule,
.
Seuls les groupes de cohomologie d'ordres
et
peuvent donc être
affectés par l'ajout de la cellule. On a la suite exacte suivante:
Deux cas se présentent alors:
Pour résumer,
,
, et
.
L'initialisation de la récurrence se fait en remarquant que
étant
continue et
compacte,
. Comme
,
; or
pour tout k.
Etant donné que
, la preuve du théorème 4.7 est achevée.